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À chaque jardin, son hérisson. Avec de nombreux dangers pour lui…

« Oh qu’est-ce qu’il pique, le hérisson ! Oh quelle est triste la chanson… » (Philippe Chatel « Emilie jolie »)

On le voit plus souvent mort, aplati sur la route que vivant dans nos jardins. Bien que hérissé de picots, il a bonne réputation. On le trouve plutôt sympathique et utile, le Hérisson, et pourtant, sans le vouloir vraiment, nous participons à sa disparition.

Vous savez que, chez Nature Corner, ce petit animal est un véritable coup de coeur…


shutterstock_252839830-lightDe la famille des Erinacéidés, le Hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) est présent partout en Belgique et en France. Il s’est bien adapté aux milieux semi-naturel et humain. Malheureusement, ces milieux évoluent à une vitesse folle et nos comportements sont de plus en plus antinaturels. La vie du Hérisson est pleine de mésaventures, d’embûches, d’accidents et de malheurs de toutes sortes. Oui, elle est vraiment triste sa chanson.


Victime des chasseurs

Autrefois, ils étaient systématiquement piégés par les chasseurs ou leurs gardes. Dans les terribles pièges à mâchoires, la plupart du temps, on trouvait un Hérisson. Ce piège est à présent interdit et le Hérisson est protégé. Malheureusement, ils sont encore parfois éliminés dans certains domaines de chasse par des gens arriérés, mal informés, qui ne comprennent rien à la nature.


Victime de la route

Le malheur pour les Hérissons, c’est qu’ils traversent sans regarder et qu’au moindre danger, ils se mettent en boule au milieu de la route… C’est par dizaines de milliers que ces animaux se font écraser. Certains ont estimé à 230.000, le nombre de Hérissons qui meurent, chaque année, sur les routes belges. Sans compter la France qui doit voir un nombre encore beaucoup plus important de hérissons mourir de cette manière.

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Victime des biocides

Utilisés par facilité, pour éliminer la limace, cette mangeuse de légumes et de plantes à fleurs, les anti-limaces sont aussi de redoutables anti-hérissons. Alors que le Hérisson est un anti-limace naturel. Pour lui, manger des limaces qui viennent d’ingérer des granulés bleus, c’est une mort lente assurée.


Victime des métaux lourds

Les escargots, en se nourrissant, ingurgitent des métaux lourds balancés dans la nature par les hommes : plomb, zinc, cuivre, cadmium… L’escargot les accumule dans son organisme, sans problème pour lui, car au moyen d’une protéine spéciale, il les neutralise.

Mais quand vient un Hérisson qui ingurgite quantité d’escargots, il hérite de toutes ces minidoses de poison. Quand le seuil critique est atteint, c’est la mort. Outre ces métaux lourds, on trouve aussi d’autres produits chimiques dans le Hérisson, comme des restes de DDT dans sa glande digestive.


Victime des clôtures

Les clôtures en treillis à petites mailles empêchent la libre circulation des Hérissons. Et parfois, ils s’étranglent ou s’étouffent en voulant passer à travers des mailles trop étroites.


Victime de nos mauvaises habitudes

Beaucoup de gens brûlent les branches, les tailles de haies, les feuilles mortes. C’est souvent interdit ; c’est surtout anti-écologique et très dangereux pour les Hérissons qui aiment passer la journée ou l’hiver sous nos tas de branches ou de feuilles mortes, au fond du jardin.


Victime de nos constructions

Lorsqu’un Hérisson se déplace, il longe les haies, les clôtures et les murs. S’il rencontre un soupirail, il peut y tomber. Et si vous ne le découvrez pas tout de suite, il risque de finir sa vie desséché dans un coin de la cave. C’est aussi le cas pour les grenouilles, crapauds et tritons.


Victime de nos piscines et plans d’eau

Le Hérisson est bon nageur, mais s’il tombe dans la piscine ou dans une mare avec des berges verticales, il a très peu de chance de s’en sortir. Il s’épuisera et finira noyé.


Victime de nos filets de protection

On protège nos groseilliers, nos framboisiers, nos fraisiers, nos légumes par des filets de protection dans lesquels ce cactus ambulant s’emberlificote et ne peut plus s’en dépêtrer. Si on n’intervient pas rapidement, cela peut tourner au drame. C’est aussi le cas pour les oiseaux et même pour les renards.


Victime de nos travaux de jardinage

Les coupe-bordures, les débroussailleuses créent des blessures souvent mortelles. Il arrive aussi des accidents avec les tondeuses qui scalpent les Hérissons lorsque l’on veut tondre des herbes beaucoup trop hautes.


Victime de nos poubelles

Il est déjà arrivé que des Hérissons s’étouffent en voulant vider un fond de boite de conserve ou un pot de yaourt.


Victime de nos animaux domestiques

Nos chiens et nos chats sont également des prédateurs de Hérissons. Combien de fois n’ai-je pas vu un chien harceler un Hérisson roulé en boule.

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Victime de notre gestion du paysage

La disparition du bocage, des haies, des vergers, des lisières, explique l’absence du Hérisson dans certaines régions.


Victime du manque de nourriture

Cela peut arriver, surtout pour les jeunes qui ne sont pas assez gros au début de l’hiver et qui n’ont pas assez de réserves de graisse pour pouvoir hiberner. Le Hérisson doit peser au moins 800 grammes au début de la période de froid.


Victime des mouches

Les Hérissons sont crépusculaires et nocturnes ; la journée, ils se cachent. Si pour une raison quelconque (dérangement, blessure, maladie, affaiblissement…) le Hérisson est au grand jour, les mouches viennent pondre sur lui et les asticots le dévorent.


À cela, il faut ajouter la prédation naturelle et normale exercée par le Renard, la Fouine, le Sanglier, le Blaireau, la Buse…

Tout concourt à éliminer cet hôte des jardins. Pourtant, le Hérisson a droit à toute notre attention et notre protection. À part le rat et la souris, les mammifères sauvages sont rares au jardin. Raison de plus pour accueillir cet insectivore, acteur essentiel de notre biodiversité. Il participe à l’équilibre de la nature et de notre jardin. Cet insecticide naturel à quatre pattes est un maillon important de la chaîne alimentaire.


Sa vie, son œuvre

Ce qui caractérise l’animal, c’est avant tout ses piquants bicolores – jaunâtres et bruns à l’extrémité – et érectiles, de 3 cm de longueur. Il en possède entre 5.000 et 7.500 qui poussent et tombent en permanence. La taille du hérisson varie de 18 à 35 cm. Sa longévité ne dépasse pas les dix ans ; mais vu de la longue liste de menaces qui pèsent sur lui, sa moyenne d’âge n’excède pas les deux ans dans la nature. Semi-nocturne, il chasse le soir et la nuit. Il se repose le jour caché dans une haie, sous un buisson, dans un tas de bois… Bien que faisant partie de l’ordre des insectivores, il est plutôt omnivore et opportuniste. Il se nourrit en premier lieu de limaces, puis d’escargots, de vers de terre, de pommes, de glands, de faînes, de champignons, d’insectes, plus rarement de lézard, d’une souris de temps à autre, exceptionnellement d’œufs et d’oisillons et aussi de nourriture pour chien et chat abandonnée dehors (à déconseiller, car cela attire aussi les rats et les renards).

Lors de ses déplacements nocturnes, cet animal solitaire n’est pas très discret. Il fait beaucoup de bruit en fouinant dans les feuilles, en grattant le sol, en mangeant. Il grogne, ronfle, renifle, souffle et caquette bruyamment, et lorsqu’il est blessé, nous l’avons constaté, il crie comme un cochon qu’on égorge.

Son odorat est très développé, son ouïe est très fine, par contre sa vue est basse.

Avant les grands froids, l’as des piques aménage soigneusement un gîte pour hiverner au sec et au chaud. Il est constitué principalement de feuilles mortes, mais aussi de mousses et d’herbes sèches. Le gîte est situé dans une haie, sous un buisson touffu, sous un tas de branches, dans le foin, ou sous votre abri de jardin. Quand le froid s’installe, sa température interne qui est normalement de 35° descend et s’adapte à la température extérieure avec deux à trois degrés en plus. Alors, sa respiration se ralentit fortement et il s’endort (d’octobre à mars/avril). Au cours de l’hiver, il doit se réveiller plusieurs fois pour éliminer les toxines accumulées dans son corps (acidose) et pour se nourrir quelque peu. Parfois, il change d’abri en plein hiver. Ces différents réveils épuisent ses réserves énergétiques ; cela peut lui être fatal. À la fin de l’hibernation, il a perdu 30 % de son poids.

Il atteint la maturité sexuelle à un an. L’accouplement se fait, vous l’aurez compris, avec beaucoup de précautions. La gestation est de 35 jours et le nombre de jeunes varie entre deux et huit. L’allaitement dure deux mois environ. Il y a parfois deux nichées par an.

C’est un animal typique du bocage (lisières de forêt, prés bordés de haies, vergers, friches). Au fil du temps, il s’est adapté à nos jardins et à nos parcs. On le trouve dans toute la partie occidentale de l’Europe.


Accueillir un Hérisson au jardin

Si votre jardin est enclavé dans un pâté de maisons, sans issues vers l’extérieur, vous n’aurez pas la chance de voir un Hérisson. Il ne faut surtout pas en importer ; ses chances de survie sont nulles.

Inutile d’essayer d’attirer l’animal, chez vous, si votre lopin de terre est exclusivement ou en majorité planté de conifères. Ce milieu ne lui convient pas.

Par contre, si votre jardin, planté en majorité d’arbres, d’arbustes et de plantes indigènes, est très diversifié avec beaucoup de végétations basses, des coins et des recoins, des endroits oubliés, des tas de branches et de feuilles, un compost, les conditions sont remplies pour attirer le Hérisson. Si les jardins communiquent entre eux, sans clôtures hermétiques, s’il y a une échappée vers la campagne ou vers le bois voisin, vous avez encore plus de chance de l’accueillir.

Un Hérisson qui visite votre jardin, cela arrive, c’est positif, mais ce n’est pas un critère de qualité de votre coin de terre. Mais s’il y passe la belle saison, s’il y hiberne et s’il s’y reproduit, alors là, une aubaine. Votre propriété mérite quatre étoiles au guide des jardins naturels ! Inutile de vouloir lui donner à manger (on vend de la nourriture « spécial Hérisson » dans le commerce), on risque de nourrir également une belle colonie de rats.


shutterstock_140265874-lightAidons les Hérissons

  • N’utilisez pas de pesticides, de raticides ni de granulés anti-limaces.
  • Avant de débroussailler, de couper vos bordures, vérifiez bien s’il n’y a pas de petits mammifères et aussi des batraciens dans la zone. Effarouchez-les au préalable.
  • Ne brûlez pas vos branches, vos tailles de haie et vos feuilles mortes. Faites un tas avec les premières et compostez les autres. Votre tas de branches peut servir d’abri pour le Hérisson et le compost d’aire de nourrissage.
  • Surveillez régulièrement vos filets de protection des légumes et des fruits.
  • Placez une planche rugueuse dans votre piscine ou votre mare et un grillage sur vos soupiraux et vos fosses.
  • Pratiquez des ouvertures de 10 à 15 cm dans le bas de vos clôtures de jardin
  • Un abreuvoir peut être utile pour le Hérisson (et les oiseaux) surtout en cas de forte sécheresse
  • Vous pouvez placer un abri à Hérisson. Vous trouverez différents modèles sur Nature Corner dans notre boutique. Cela peut donc être un gîte préfabriqué que l’on trouve dans le commerce, que l’on recouvrira d’une bonne couche de feuilles mortes et de branches. Vous pouvez aussi construire votre gîte à Hérisson vous-même. Il aura l’apparence d’un tas de bois, mais il sera truqué. Il sera placé dans l’endroit du jardin ou vous n’allez jamais : dans un lieu sec, sous un buisson, le long d’une haie, au milieu des ronces… bref partout où le petit animal sera sûr de ne pas être dérangé.Gite-Herisson
  • Sur la route, l’article 7.1. du code de la route stipule : « … le conducteur ne peut mettre en danger les usagers non vulnérables, tels notamment les cyclistes et les piétons, en particulier lorsqu’il s’agit d’enfants, de personnes âgées et de personnes handicapées ». Et nous ajouterons : les animaux en général et les Hérissons en particulier. Alors, s’il vous plaît, ralentissez ! Ne pas écraser les Hérissons, yes we can !
  • Les autorités devraient aussi prendre conscience du problème et aménager nos routes en tenant compte de la faune sauvage (par exemple : des passages pour la petite faune avec des clôtures à Hérisson) et en sensibilisant les automobilistes (signalisation routière adéquate).

Un Hérisson en perdition, que faire ?

Si vous trouvez un Hérisson en plein jour, c’est inquiétant, car il est essentiellement crépusculaire et nocturne. Dans ce cas, il s’agit souvent d’un individu blessé, malade et/ou affaibli ou d’un jeune perdu. N’essayez surtout pas de le soigner vous-même. S’il ne présente aucune blessure apparente ou si son comportement ne semble pas anormal, pesez-le. En automne et à l’entrée de l’hiver, il doit peser au moins 600 grammes (il peut peser jusqu’à 2 kg 200). En dessous, il est trop jeune et bien trop faible pour affronter la période froide.

Manipulez-le le moins possible, avec idéalement des gants, car ils sont souvent envahis par les puces, les tiques et autres parasites. S’il s’agit d’un bébé, il faut le réchauffer avec une bouillotte.

Placez-le dans une caisse en carton avec quelques trous d’aération. Donnez-lui éventuellement un peu d’eau (pas de lait) et quelques croquettes pour chat ou chien (pas de pain) et conduisez-le, sans tarder, dans un Centre de revalidation pour animaux sauvages. Ceux-ci ont toutes les autorisations requises et les capacités pour soigner les animaux protégés. Vous en trouverez de nombreux en France et en Belgique. Egalement dans d’âtres pays.

Savez-vous qu’à Bruxelles, dans le Centre de revalidation de Bruxelles, c’est le mammifère qui y est recueilli le plus avec le Renard. Ce sont en général des juvéniles, des malades, des blessés. Le taux de réussite (animaux revalidés et relâchés) est de 58 %.

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Merci à Jean-Claude Beaumont, Président de la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux (LRBPO) pour cet article exclusif.

 

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1 Comment

  • Nicole Martin 4 années ago

    Nous avons eu pendant 2 ans un hérisson dans notre propriété entourée de murs. Juju, c’est ainsi que nous l’avions appelé est arrivé dans un centre de revalidation de Bruxelles avec les 2 yeux crevés.Il s’est très bien acclimaté chez nous, évitant les embûches et s’enfouissant pour l’hiver.Tout à coup, il resurgissait de son long sommeil tout maigre.
    Mais après le 2ième hiver nous ne l’avons plus vu. Quoiqu’il en soit, il a eu une prolongation de vie, je pense save et confortable (sauf qu’il n’a pas eu de petite amie)….

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