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Les baies vitrées et les oiseaux : danger !

Soudain, un coup sourd contre la vitre, vous sursautez. Que s’est-il passé ? Il y a une trace grise sur le vitrage qui ressemble à des plumes. Et, malheureusement, vous découvrez bien vite un oiseau, haletant ou mort, au pied de votre fenêtre. Nos baies vitrées sont de véritables pièges à oiseaux.

Jusque dans les années trente, le problème ne se posait pas. Moins il y avait de fenêtres dans nos bâtiments, mieux c’était. D’abord pour la sécurité et aussi parce qu’elles étaient imposées.

buildings-699275_1280-lightIl y eut l’antique impôt des romains : l’ostarium, mais les vitres n’existaient pas à cette époque, donc pas de problème pour les oiseaux. L’apparition du verre plat soufflé entre le Vème et le Xème siècle permettra la fabrication des vitraux généralement colorés. Ces vitraux, composés de nombreuses petites pièces colorées, fixées entre elles par une armature de plomb et renforcées par du métal n’ont aucun effet néfaste sur nos oiseaux. C’est seulement au XVème siècle qu’on commence à utiliser le verre à vitre. Il ne pouvait se fabriquer qu’en petites dimensions. Tout au plus, on le multipliait en utilisant des fenêtres à croisillons. Mais là aussi peu de problèmes pour l’avifaune. D’autant plus qu’elles n’étaient pas nombreuses, puisque, sous la Révolution française, l’impôt, très impopulaire, sur les portes et les fenêtres, fut institué par le directoire. Il fut supprimé en France en 1926. C’est dans ces années-là que la technique permet la production de verres plats de grande surface. Parallèlement, le Bauhaus, courant architectural né après la guerre 14-18, préconise l’utilisation de grandes fenêtres vitrées. Cette vision de l’architecture continue de nos jours et nos baies vitrées sont de plus en plus grandes, jusqu’à atteindre la démesure, avec l’apparition des gratte-ciel habillés de verre et de miroirs. Mais, ce besoin légitime de lumière pose un très gros problème pour notre avifaune.

En effet, on estime qu’aux États-Unis, il y a plus d’oiseaux qui meurent suite aux collisions avec des surfaces vitrées que lors des pires accidents pétroliers. Alors que ces catastrophes pétrolières sont épisodiques, les collisions mortelles contre les vitres arrivent partout et tous les jours. Hans Schmid, de la Station Ornithologique Suisse de Sempach, estime que « c’est l’un des plus grands problèmes de protection des oiseaux de notre monde urbanisé ».

Chaque année, en France, en Belgique et partout ailleurs en Europe, les victimes se comptent en centaines de milliers. Ces petits drames solitaires n’attirent pas toujours l’attention. On découvre bien, parfois, des traces sur les vitres, ou un oiseau mort près de la maison. On ne s’en inquiète pas outre mesure. Tout au plus, on déplore l’accident en se disant que c’est la faute à pas de chance. Les pertes sont sous-estimées, ce qui explique que ce problème n’a jamais été pris au sérieux par les architectes et les autorités.

Ces collisions affectent la quarantaine d’espèces d’oiseaux qui vivent dans nos lieux habités, mais aussi les oiseaux migrateurs qui survolent nos villes. Les grands immeubles vitrés peuvent être à l’origine de véritables hécatombes d’oiseaux comme c’est le cas à Toronto ou à New York. Daniel Klem, professeur d’ornithologie et de biologie au Muhlenberg Collège d’Allentown en Pennsylvanie, est le spécialiste en la matière. D’après lui, les chocs contre les vitres sont responsables de la mort de 8 % de l’avifaune mondiale et de 28 % de la population aviaire d’Amérique du Nord. La Perruche de Latham (Lathamus discolor), par exemple, qui vit en Tasmanie et qui migre sur les côtes sud et est de l’Australie est une espèce classée vulnérable. 1,5 % de sa population (estimée à 1000 couples) se tue chaque année contre les fenêtres. « Nous avons les solutions à ce problème, il reste seulement à convaincre les gens de le prendre sérieusement en considération », déclare le professeur Klem.

Pourquoi les oiseaux n’ont-ils pas encore compris ce qu’est une vitre ? Seraient-ils bêtes à ce point ? Nous, êtres humains intelligents, il nous arrive, aussi, de nous cogner contre les portes vitrées. Ces accidents humains ne sont pas rares. Bien que l’oiseau ait des capacités visuelles que nous n’avons pas (vision à 360° chez certaines espèces, un oiseau arrive à différencier 180 images par seconde alors que l’homme n’en différencie que 20), il n’arrive pas à reconnaître le verre comme un obstacle. De plus, l’évolution n’a pas encore permis à l’oiseau de faire face à ce danger, somme toute récent. Les collisions sont plus nombreuses au printemps et durant les périodes de migration. Elles concernent plus les jeunes oiseaux inexpérimentés. Elles sont dues à trois causes : la transparence, la réflexion, la lumière.

La transparence : l’oiseau voit à travers la vitre le paysage qui continue (végétation, arbre, ciel…) et c’est le choc fatal. Elle se matérialise par d’innombrables applications : des coupe-vent vitrés, des parois antibruit en partie en verre, des paysages vitrés, des fenêtres de coin, des serres, des vérandas, des balustrades de balcon en verre, des passerelles vitrées, des abribus…

La réflexion : lorsque la zone derrière la vitre est plus sombre (intérieur bâtiment, sous-bois…), le verre devient miroir et l’oiseau croit voir le ciel, la végétation, et fonce…

La lumière : lorsque le local est éclairé, surtout si l’immeuble est très haut, l’oiseau, en général migrateur, attiré par la lumière, entre en collision avec la surface vitrée. Ceci concerne essentiellement les grands bâtiments éclairés parfois toute la nuit.


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Beau mais un piège pour les oiseaux

Et les architectes dans tout ça ? Tant pour les immeubles de prestige que pour les villas contemporaines, le verre tient une place prépondérante. Ce verre, qui sépare, qui délimite l’espace, qui nous protège et qui ne se voit pas, est un matériau noble et pur. Il est utilisé partout par les architectes qui rivalisent de créativité pour l’utiliser. Cette transparence, tant recherchée, devient un « tueur invisible » d’oiseaux. Dès l’élaboration d’un projet, architectes et maîtres de l’ouvrage doivent se poser la question : « Quel impact aura mon projet de construction sur la faune et dans ce cas, sur les oiseaux ? » La plupart des intervenants dans un projet de construction ne se posent pas cette question. Cependant, il y a des exceptions. Le responsable de l’urbanisme de la ville de Marche-en-Famenne dans les Ardennes belges a demandé à un auteur de projet de modifier ses plans, car ils présentaient un risque de collision pour les oiseaux.

Pourtant, il y a des solutions. La plus simple, c’est de s’abstenir. Un abri à vélo, une rambarde, un coupe-vent doivent-ils être absolument vitrés ? On évitera les fenêtres d’angles. Les côtés opposés des vérandas ne devraient pas être vitrés tous les deux. De même, les fenêtres vis-à-vis devraient être évitées dans nos habitations.

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Abribus : mauvais et bon exemple pour les oiseaux


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On peut changer l’aspect du verre pour le rendre plus visible et moins réfléchissant. L’utilisation de verres colorés, imprimés, translucides, matés, sablés, dépolis, ou en relief (nervurés, cannelés…) ou même chaulés comme pour les serres, ou de pavés de verre, peuvent être des bonnes alternatives tout en satisfaisant le besoin de lumière.


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De même l’utilisation de films suivant différentes formes : bandes, croisillons, points, dessins, en respectant la règle des 5 x 10 est aussi une bonne solution. Les verres, avec motifs dépolis à l’acide, peuvent aussi être utilisés (Marque canadienne : Walker textures AviProtek).Baies-vitrees-3


Concernant les grands immeubles éclairés, la solution est très simple. Il suffit, mais apparemment ce n’est pas évident pour tout le monde, d’éteindre la lumière dans les pièces inoccupées ou de placer des stores ou des rideaux aux fenêtres. À New York, l’association Audubon a lancé l’opération « Lights Out New York » qui sensibilise et encourage les sociétés et les propriétaires de gratte-ciel à éteindre les lumières. Le but est surtout d’épargner les oiseaux, mais aussi d’économiser l’énergie. Le message a été entendu dans la ville qui ne dort jamais. Du 1er septembre au 1er novembre, au plus fort de la saison migratoire, de nombreux buildings, dont les célèbres Empire State Building, Rockefeler Center et Chrysler Builing, éteignent les lumières de minuit à l’aube. Dans d’autres états et villes, comme San Francisco, des actions similaires ont été entreprises.

Quand le mal est fait, quand votre fenêtre tue régulièrement nos amis emplumés, il y a des solutions. Appliquer sur la vitre des silhouettes ou des films autocollants en est une. En fait, la forme et la couleur des silhouettes importent peu. C’est leur présence et surtout leur nombre qui sont importants. Dans la nature, un oiseau ne se faufile pas dans une ouverture plus petite que la paume de la main (certains se réfèrent à la règle des 5 cm x 10 cm, voir croquis). À nous de concevoir notre collage pour ne pas dépasser ces dimensions. Autre point important : ces silhouettes, ou films doivent être placés côté extérieur de la vitre (http://www.abcbirdtape.org/). Il existe aussi des films appliqués à l’extérieur qui opacifient la vitre d’un seul côté. Vu de l’intérieur vous voyez le paysage comme avant (http://www.collidescape.org/).

On peut aussi placer un store extérieur, un volet que l’on ouvre quand on est présent dans une pièce. Un claustra ou un grillage extérieur peuvent aussi être envisagés.

On a aussi constaté une augmentation de mortalité dans le cas où une mangeoire est placée trop près d’une fenêtre.


Silhouettes-AutocollantsNature Corner vous propose des silhouettes de rapaces à coller sur l’extérieur des vitrages. Ces silhouettes sont bien pratiques et éviteront de nombreux décès.

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Les autocollants en forme de rapaces ou autres sont efficaces sur les vitres


Que faire si vous trouvez un oiseau ayant cogné votre fenêtre ?

Les chocs contre les vitres entraînent les traumatismes suivants :

  • L’oiseau reste au sol, il est choqué, hébété, il tremble, il a des difficultés pour respirer. Dans ce cas, ramassez-le, placez-le immédiatement dans une caisse en carton munie de trous. Cette caisse sera placée dans l’obscurité, dans un endroit frais. Laissez-le récupérer tranquillement. Au bout de quelques heures ou d’une nuit, vérifiez son état. S’il est agité, s’il cherche à s’échapper, alors, relâchez-le. Sinon, amenez-le dans un centre de revalidation pour la faune sauvage.
  • L’oiseau a une fracture du crâne, du bec. Du sang apparaît, dans ce cas, la mort intervient très rapidement.

Sinon, amenez-le, le plus rapidement possible, dans un centre de revalidation.


Merci à Jean-Claude Beaumont, Président de la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux (LRBPO), pour cet article.

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