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Le Lierre, acteur essentiel de la biodiversité

Sécateur, serpe, scie, hache, tronçonneuse, tout est bon pour couper le Lierre qui escalade nos arbres. Il a mauvaise réputation, car l’idée qu’il étouffe le support qui l’accueille est tenace et lui est souvent fatale. Aujourd’hui, réhabilité par l’Office National des Forêts de France (ONF), qui classe les « arbres à Lierre » dans la catégorie des « arbres à haute valeur biologique », le Lierre mérite d’être reconsidéré dans nos jardins.

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Dans notre pays, il est le seul représentant de la famille des Araliacées. Le Lierre commun (Hedera helix) est une liane arborescente à feuilles persistantes en hiver, dont les tiges peuvent atteindre 30 mètres de long au sol et peuvent grimper jusqu’à 25 mètres de haut. Son tronc à la base peut atteindre 35 cm de diamètre. Il fait partie de notre flore indigène et son aire couvre l’Europe et l’Asie mineure (Chypre, Turquie).

Mais il existe tellement de formes ornementales avec des feuillages de toutes formes, de toutes grandeurs et bigarrées de vert, de jaune et de blanc que parfois, il prend des airs exotiques. Certains scientifiques lui donnent des ancêtres tropicaux, ceci explique cela. Le Lierre peut vivre 400 ans, souvent plus longtemps que son arbre support. La vue d’un arbre mort recouvert de Lierre fait penser que ce dernier a étouffé son tuteur. Peut-être est-ce là, le départ de la légende qui présente l’Hedera comme un tueur d’arbres ?

En Égypte ancienne, il symbolisait la vie éternelle. Pour les Romains, il était associé à Bacchus et aux poètes. Au Moyen-âge, on l’utilisait contre les envoûtements, enfin il symbolisait la fidélité jusqu’à la mort.

Peu exigeant quant à la nature du sol, on trouve le Lierre très couramment en sous-bois, mais aussi sur le littoral atlantique où il résiste aux pluies abondantes et aux embruns maritimes. Il résiste à la sécheresse dans les pays méditerranéens et peut pousser en montagne jusqu’à 1000 m d’altitude. Il s’adapte bien dans nos villes, dans les terrains vagues et dans les friches industrielles qu’il aide à embellir.

Cette liane a été exportée en Australie et en Amérique du nord où elle est considérée comme une plante envahissante.


Le Lierre en couvre-sol

Dans nos jardins, surtout s’ils ont été aménagés par un professionnel, le Lierre est largement utilisé comme couvre-sol. Il est décoratif, et grâce à son feuillage opaque et persistant, il a l’avantage d’ombrer la terre ne laissant que peu d’espoir à une autre plante de pousser. Il a un rôle de protection du sol évident (maintien l’humidité, protège la pédofaune, empêche l’érosion). À terre, le Lierre ne fleurit et ne fructifie pas. En ce qui concerne la faune sauvage, il ne sert que d’abris, de refuges aux micromammifères et aux insectes, ou de garde-manger à quelques oiseaux comme l’Accenteur mouchet. Mais là n’est pas sa principale qualité.


Le Lierre grimpant

Dès qu’un rameau entre en contact avec un élément vertical (mur, arbre, poteau, rocher…), il grimpe rapidement à la recherche de la lumière. C’est à ce moment-là que, malheureusement, beaucoup de particuliers, de professionnels des jardins et des parcs, et des exploitants forestiers interviennent et le coupent sans pitié, en infligeant parfois de graves blessures aux arbres.

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Le Lierre et l’arbre

Pourtant, le Lierre forme avec l’arbre une association « win-win ». L’un sert de support à l’autre et l’autre est protégé par le premier. Les rameaux portent des crampons qui sont des racines transformées émettant de nombreux poils ventouses qui s’accrochent au support.

Ces racines modifiées n’ont aucune fonction absorbante. Le Lierre n’est pas une plante parasite, il se nourrit uniquement par ses racines souterraines. Il n’est pas non plus une liane étrangleuse qui empêche l’arbre de grandir et qui le déforme comme le Chèvrefeuille ou plus exotique : le Ficus étrangleur. Le Lierre s’adapte constamment à la croissance du tronc. Un aspect souvent négligé est sa fonction protectrice de l’arbre : il agit comme un régulateur thermique, il empêche les troncs d’avoir des coups de soleil. Il arrive qu’après une coupe, ou un élagage, de grands troncs dénudés soient exposés au soleil. En période de canicule, le tronc chauffe, l’écorce peut se craquer et certaines parties alors se dessèchent causant des dégâts importants aux arbres qui peuvent en mourir. De même, en hiver, il protège le tronc du gel, et toute l’année, de la pluie. Il peut épargner l’arbre d’un feu courant, ou des animaux qui endommageraient l’écorce. Il absorbe aussi l’excès d’humidité au sol, autour du tronc, et aurait une action chimique inhibitrice sur les champignons, bactéries ou parasites pouvant s’attaquer à l’arbre. Une véritable symbiose s’installe entre le Lierre et l’arbre, l’un dynamisant l’autre. Le Lierre ne tue pas l’arbre, il le protège.


Le Lierre et la biodiversité

L’association avec un arbre indigène, tel cet exemple : un Chêne et un Lierre abritent plus de 700 organismes vivants différents (tous les règnes et espèces confondus). Par comparaison, un conifère exotique n’en abrite tout au plus qu’une ou deux dizaines. Laisser le Lierre grimper aux arbres est bénéfique pour la biodiversité, non pas pour l’espèce elle-même, mais pour les bienfaits qu’il procure à une quantité importante d’insectes, d’oiseaux et de mammifères. C’est un écosystème à lui tout seul.


Le Lierre et les insectes

inflorescence-60367_1280-lightC’est une véritable aubaine pour les insectes, mais aussi pour les arachnides qui se réfugient et vivent en quantité sous son feuillage sempervirent. Certains papillons lui sont même presque inféodés : le Larentie verdâtre (Acasis viretata) et sa chenille arpenteuse, le Tordeuse de l’œillet (Cacoecimorpha pronubana) aux ailes orange. L’Argus à bandes noires, appelé aussi Azuré du nerprun (Celastrina argiolus), est le seul papillon de jour à se développer sur le Lierre. Il en va de même pour une abeille solitaire : Colletes hederae. Il sert de zone d’hivernage pour les coccinelles et pour la forme adulte de certains papillons comme le Citron (Gonepteryx rhamni). Cette liane est la dernière espèce ligneuse indigène à fleurir, c’est-à-dire de mi-septembre à début novembre. Ses fleurs jaune verdâtre en ombelles suivent la règle des cinq : cinq sépales, cinq pétales et cinq étamines. Elles attirent de nombreux lépidoptères : Abeilles solitaires et domestiques, Guêpes, Bourdons, Syrphes, Mouches ainsi que quelques papillons comme les Vanesses. C’est pratiquement la seule source de nourriture pour ces insectes en période pré-hivernale.


Le Lierre et les oiseaux

Ce monument naturel accueille bon nombre d’espèces d’oiseaux qui l’utilisent comme refuge, site de nourrissage et de nidification. Beaucoup d’oiseaux s’y réfugient la nuit, été comme hiver. Car le feuillage compact modère les chaleurs estivales et tempère les froideurs hivernales ; c’est vraiment une plante climatisée. La Chouette hulotte y passe la journée bien cachée, tout comme le Hibou moyen-duc.

Les Moineaux s’y chamaillent. Les Mésanges, Rouges-gorges, Troglodytes mignons et autres insectivores s’y nourrissent, car les insectes et araignées y sont abondants. Le Lierre joue de ce fait un rôle fondamental sur la régulation des populations parasitaires.

Comme pour les fleurs, le Lierre fructifie à une période décalée. C’est vers la fin de l’hiver, au début du printemps, en période de disette qu’apparaissent les fruits. Les fruits sont des baies noir bleuâtre de 8 à 10 mm et en grappes. Ils sont, paraît-il, en grande quantité, toxiques pour l’homme, mais pas pour les oiseaux. Ces baies attireront, surtout en période de grand froid, le Merle noir, la Grive mauvis, la Grive litorne, la Grive musicienne, l’Accenteur mouchet, le Verdier, le Pinson, la Tourterelle turque, l’Etourneau sansonnet et le Pigeon ramier. Ces fruits viennent bien à point pour rassasier les oiseaux migrateurs, telles les Fauvettes à tête noire, lors de leurs retours en mars.

Beaucoup d’oiseaux construisent leurs nids bien dissimulés dans l’entrelacs des branches du Lierre. Le Troglodyte mignon construit un nid en forme de sphère parfaite. Celui du Merle, en demi-sphère, est réalisé en torchis et tapissé de mousse et de plumes. La Mésange à longue queue fabrique un nid ovale en mousse, lichen et… toiles d’araignées. Le nid hémisphérique du Rouge-gorge familier est construit en mousse et herbes sèches.


Le Lierre et les mammifères

Les mammifères visitent aussi le Lierre. Le Lérot, le Muscardin, l’Ecureuil roux, s’y nourrissent, s’y abritent et y séjournent l’hiver. La Martre et la Fouine y chassent, tout comme certaines chauves-souris, dont l’Oreillard roux.


Le Lierre et le jardin

Le Lierre est souvent associé aux vieilles haies. Il joue parfaitement son rôle d’écran été comme hiver. Dans les petits jardins, où une haie traditionnelle prendrait trop de place, le Lierre entrelacé sur un treillis à grandes mailles (pour que le hérisson puisse passer) conviendra parfaitement. La haie ainsi formée ne prendra que 20 cm d’épaisseur et ne devra pratiquement pas être taillée. En abritant des nids d’oiseaux et en hébergeant des insectes dévoreurs de pucerons, cette haie vous aidera dans votre travail de jardinier biologique.


Le Lierre et la maison

house-70552_640-lightLes crampons du Lierre ne sont pas nuisibles pour les murs en bon état et sec. Le Lierre est un bon isolant extérieur pour la maison, et protège les murs des intempéries et du soleil. Il suffit de veiller à ce qu’il ne recouvre ni les châssis ni le toit. Bernard Shaw disait : « les architectes dissimulent leurs erreurs sous du lierre »… Il permet d’intégrer le milieu bâti à la nature, de camoufler des constructions peu esthétiques. Il rapproche la nature de nos lieux de vie. Quoi de plus beau qu’un couple de merles qui niche dans le Lierre juste de l’autre côté du mur. Cette liane serait aussi dépolluante. Elle résiste bien en milieu pollué (urbain, friche industrielle…)


Le Lierre et le réchauffement climatique

Le Lierre est une relique du crétacé qui a su résister et s’adapter aux différents changements de milieux et de climat. C’est une des rares plantes qui a survécu aux ères glaciaires et maintenu son rythme de vie jusqu’à nos jours. On pense qu’il résistera bien, contrairement à beaucoup d’autres plantes, au réchauffement climatique actuel.


Deux sortes de feuilles sur la même plante !

Les feuilles du Lierre sont persistantes, luisantes et épaisses. Elles sont pétiolées et disposées alternativement sur la tige et les rameaux. On distingue deux sortes de feuilles sur une même plante.

Certaines ont un limbe palmé à 3 ou 5 lobes sur les tiges et rameaux stériles (on les trouve au sol et à mi-hauteur sur les supports) et, d’autres, sont entières, ovales à rhombiques sur les rameaux florifères (on les trouve uniquement en hauteur).

Ce feuillage tombe après quatre ou cinq ans et se transforme en un riche humus qui constitue un bon engrais pour les arbres « hôtes ». Il paraît que les arbres porteurs de Lierre ont une croissance plus rapide que ceux qui n’en portent pas.

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Vous recherchez du lierre ? Vous voulez en planter chez vous ? Retrouverez nos différents lierres sur Nature Corner.


Merci à Jean-Claude Beaumont, Président de la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux, pour cet article.

 

 

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3 Comments

  • durand g 6 mois ago

    bonjour
    depuis que j ai decouvert l existance de lierre rampant (bellecour) et autres; je cherche de l info pour realiser une experience de couvre sol dans le vergers professionnels et supprimer les desherbants
    pouvez vous m indiquer quelques pistes
    remerciements

  • Eymond 5 mois ago

    Je veux bien croire tout ça mais pourquoi certains arbres s’`alanguissent sous le lierre et resplendissent quand ils en sont débarrassés ?

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