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La migration des Cigognes blanches

La tradition populaire a, de tout temps, paré de vertus la Cigogne blanche (Ciconia ciconia) : portant bonheur aux maisons sur lesquelles elle construit son nid, acheminant les nouveau-nés dans les baluchons…

Voici un article qui intéressera tout le monde même si les données chiffrées concernent la Belgique.


Cigogne-1Il y a quelques années, la Cigogne blanche avait fortement diminué dans plusieurs pays d’Europe par la disparition d’habitats de nourrissage et l’utilisation importante de pesticides. Divers programmes de sauvetage et de réintroduction ont permis d’inverser la tendance, notamment en Flandre, aux Pays-Bas, en Alsace et dans le nord-est de l’Espagne. Actuellement, le nombre de Cigognes blanches augmente presque partout en Europe. Il semblerait que l’espèce s’adapte à de nouveaux habitats afin de trouver sa nourriture. Par contre, le danger par rapport aux câbles à haute tension et aux pylônes reste toujours présent. Ces dangers ont un impact sérieux sur les populations de certaines régions.

En Belgique, les oiseaux que l’on voit sont, pour la grande majorité, des migrateurs de passage qui nous rendent visite deux fois par an. En mars d’abord, quand la Cigogne blanche rejoint ses zones de reproduction : l’Allemagne, les Pays-Bas, la Scandinave. Puis en août, quand elle repart dans ses quartiers d’hiver : l’Afrique. Néanmoins, une toute petite population nidifie surtout en Flandre et sur deux sites en Wallonie. Ces individus proviennent de parcs animaliers ou de zoos (Zwin, Plankendael, Pairi Daiza) où les Cigognes sont rendues sédentaires (par exemple : par éjointage), c’est-à-dire qu’elles passent l’hiver pas loin du nid.

Migration-cigognes-2En Europe, les Cigognes blanches empruntent deux axes migratoires : celles de l’Ouest migrent en direction de Gibraltar via la Belgique, la France et l’Espagne, pour rejoindre l’Afrique sub-saharienne (Sénégal, Mali, Niger, Tchad, Nigéria…). Celles de l’Est migrent vers le détroit du Bosphore via la Grèce, contournant la Méditerranée, pour arriver en Afrique par l’Égypte. Elles occupent alors une vaste zone de l’est au sud de l’Afrique (Soudan, Kenya, Tanzanie, Afrique du Sud…)

En 2014, les observations ont été nombreuses. En effet, 4.330 observations ont été comptabilisées. Celles-ci ont eu lieu jusque fin novembre 2014 avec un pic d’observations de 353 Cigognes le 9 mars et des pics d’observations entre 2.000 et presque 3.000 Cigognes du 21 au 31 août. Lors de la migration printanière, les plus grands groupes (75-80 Cigognes) ont été observés le 24 Février à Lommel dans la province du Limbourg et le 16 mars à Saint Aubin dans la province de Namur. Lors de la migration automnale, de très grands groupes ont pu être observés. Par exemple, 150 individus observés à Gembloux le 22 août dans la province de Namur, 248 Cigognes aperçues près du canal d’Anvers le 27 août, et 198 ont été comptées à Angre dans le Hainaut le 29 août. Il n’est pas étonnant de croiser de tels groupes dans ces régions, car ces communes abritent des prairies et pâtures semi-naturelles humides, bordées d’arbres pouvant servir de perchoirs et où elles peuvent trouver leur nourriture de prédilection comme des petits rongeurs, des batraciens, des poissons, des vers, …

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Les sites choisis pour les haltes migratoires sont très variés : prairies, champs moissonnés, labours et marais pour le nourrissage et toits de maisons et luminaires de routes pour le repos. De plus, nous remarquons, d’année en année, que les passages de Cigognes par la Belgique sont beaucoup plus importants lors de la migration post-nuptiale que lors de migration pré-nuptiale. En effet, en 2014, un peu plus de 5.000 Cigognes ont été comptabilisées entre février et avril et un peu moins de 25.000 Cigognes ont été comptées entre juillet et septembre. Une autre observation importante c’est que, depuis 2010, entre 5.000 et 8.000 Cigognes blanches passent au-dessus de la Belgique, ce qui est un chiffre très appréciable. Mais toujours en 2014, ce fut un record : 16.000 Cigognes sont passées par la Belgique fin du mois d’août. Record sûrement dû aux températures un peu plus chaudes à partir du 27 août, après 13 jours consécutifs durant lesquels la température n’avait pas atteint les 20 °C.

En effet, pour assurer les vols migratoires à raison de 200 à 400 km par jour, la Cigogne blanche a besoin de bonnes conditions météorologiques, car elle utilise les courants d’air ascendants (thermiques) provoqués par le soleil réchauffant la terre. Si les conditions climatiques sont favorables, l’envergure de leurs ailes leur permet de se laisser porter par ces courants d’air chaud qui montent vers les couches supérieures de l’atmosphère. Le vol battu n’est donc utilisé par les Cigognes que pour des trajets très courts.

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Grâce aux données récoltées, deux couloirs migratoires à travers la Belgique ont pu être mis en évidence. Globalement, il semblerait que la Cigogne, lors de sa migration pré-nuptiale, survole le Hainaut occidental, la Flandre occidentale et orientale, le Brabant flamand, Anvers et le Limbourg. En ce qui concerne sa migration post-nuptiale, elle traverse le Limbourg, Liège, Anvers, le Brabant flamand et le Brabant wallon, Namur et le Hainaut. Cela n’a rien d’étonnant, car ces provinces regorgent de milieux idéaux (prairies humides) si chers à ces grandes dames.

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Merci à Ludivine Janssens de la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux (LRBPO) pour cet article.

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