La famille des Corvidés appartient à l’Ordre des Passeriformes, au même titre que le Merle noir ou le Moineau domestique. Cette famille rassemble plusieurs espèces dont la voix et les actes ont marqué différentes cultures depuis des siècles.

Incroyable ! Ils sont intelligents, dotés d’une excellente mémoire, curieux, sociables et… opportunistes ! Mais aussi capables de trouver des solutions et de résoudre des problèmes autant dans la nature qu’au cours d’expériences de comportement en laboratoire. Ils occupent la majeure partie du globe, depuis l’Arctique jusqu’aux déserts les plus arides, à des altitudes variant du niveau de la mer à 6500 mètres, aussi bien sur les îles et les continents que dans les zones urbaines.

La famille des corvidés comprend 12 espèces nicheuses en Europe, dont 7 en Belgique et 9 en France. Ce sont des passereaux de grande taille, avec un bec assez long, conique, droit et puissant.

shutterstock_255732394-lightLe plumage noir ou tacheté (rose brun chez le Geai des chênes) est identique chez les oiseaux des deux sexes et ne présente aucune différence entre les jeunes et les adultes. Les pattes sont très robustes avec quatre doigts bien développés. Les corvidés sont des oiseaux très rustiques, rusés, intelligents, curieux et opiniâtres.

Ils constituent une famille de géants parmi les passereaux. Malgré leur appartenance à cet ordre des « oiseaux chanteurs », leur chant n’est que peu développé et leurs vocalises peu agréables à nos oreilles, même si leurs capacités vocales sont réelles. Plusieurs espèces sont capables d’imiter divers cris d’autres oiseaux (chez le Geai, imitations fréquentes des cris de la Buse variable notamment), voire la voix humaine ou des sons très surprenants.

La plupart sont sédentaires et vivent en couple sauf le Corbeau freux et le Choucas des tours qui forment des colonies. Leur régime alimentaire est largement omnivore. Certains ont des habitudes de charognard et la plupart peuvent piller des nids.

À l’exception du Corbeau freux, ils ont une influence non négligeable sur les populations d’autres animaux : vol d’œufs, destruction des couvées, des jeunes oiseaux ou des jeunes mammifères. Ceci ne se fait que dans une infime proportion (1 à 10 % de leur régime alimentaire) et uniquement en période où ils élèvent eux même leurs jeunes. Ce sont donc des prédateurs naturels tout comme les rapaces !

Sur les 9 espèces de corvidés se reproduisant en France métropolitaine, 4 sont protégées par la loi. Quant aux autres, leur statut varie d’une région à l’autre, ou d’une saison à l’autre.

Parmi les espèces protégées, le grand corbeau, le crave à bec rouge, le chocard à bec jaune et le cassenoix moucheté sont des espèces dont l’aire de répartition est réduite aux reliefs montagneux. Ces oiseaux non grégaires sont donc relativement rares en France, justifiant leur statut de protection.

La corneille mantelée, proche parente de la corneille noire mais rare en France, ne possède pas de statut légal sur le territoire.

Quant au corbeaux freux et à la corneille noire, le statut de ces oiseaux varie en fonction de la taille de leurs populations et des dégâts constatés, et passe de « sans statut » à « nuisibles ». Ce dernier classement signifie généralement l’obtention de dérogations permettant de tirer sur ces oiseaux.

Leur statut de protection varie également en Belgique en fonction des régions.

Et nous vous proposons – sur Nature Corner – de les découvrir !


Le Grand Corbeau (Corvus orax)

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Grand Corbeau – Photographie de VildaPhoto

C’est le plus grand de nos corvidés, caractérisé par une longueur totale de 62 cm, une envergure allant jusqu’à 130 cm, un poids de 1 à 1,2 kilo, une gorge hirsute et une queue cunéiforme. Il est présent en France et en Belgique, entre autre dans les Ardennes. A titre d’exemple, depuis 1976, année de sa réintroduction dans les Ardennes belges, on compte une trentaine de couples fixés essentiellement dans la vallée de la Semois. C’est un oiseau très sédentaire qui fréquente les sites sauvages où règne la tranquillité.

Il s’agit d’une espèce qui est protégée au niveau régional, national et européen. Elle est mentionnée sur la liste rouge des espèces menacées.


La Corneille noire (Corvus Corone)

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Corneille noire – Photo : Magalie Tomas Millan

Son omniprésence, sa livrée noire (encore jugée de mauvais augure !…) et sa réputation de nuisible dans nos campagnes font que peu de gens portent de l’intérêt à la Corneille noire. Pourtant, la Corneille mérite que l’on s’arrête un peu plus sur son cas. Les éthologistes lui reconnaissent « des facultés remarquables de discernement« . Son régime alimentaire, omnivore, montre une consommation maximale de céréales de juillet à février. Au printemps, ce sont des lombrics, puis des coléoptères, qui dominent, ce qui conduit la Corneille à préférer les prairies de pâturage aux semis de céréales levés. Elle se montre également charognard, n’hésitant pas à risquer sa vie pour manger un cadavre sur les routes. Pourtant, le nombre de cadavres de Corneilles sur les routes est faible.

Aujourd’hui, la Corneille est commune et répandue partout. Un peu trop aux yeux de certains qui lui reprochent ses méfaits : dégâts dans les cerisiers, pillage des nids d’autres oiseaux…

En France, son statut dépend d’une région à l’autre. En Belgique, elle est protégée en Région wallone, mais non en Région flamande.


Le Corbeau freux (Corvus Frugilegus)

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Corbeau freux – Photo : Damien Hubaut

De la taille de la Corneille noire, le Corbeau freux adulte s’en différencie par la base du bec dénudé et grisâtre. Son plumage est noir avec des reflets irisés. En Belgique, les quelque 10.000 couples recensés sont surtout cantonnés dans la vallée de la Meuse et de ses affluents, en Campine, sur le versant sud-est de l’Ardenne, et en Lorraine. Il fréquente surtout les plaines cultivées et herbagères avec bosquets et grands arbres où il peut construire son nid. Grégaire et très sociable, il forme des colonies de quelques dizaines à plusieurs centaines d’individus. Bien que sédentaire, il se déplace vers l’ouest à partir d’octobre-novembre.

Oiseau omnivore, il a une prédilection pour la nourriture d’origine végétale (céréales, fruits et légumes). Il consomme aussi de petites proies animales tels les mollusques, les vers, les insectes, mais ne dédaigne pas les œufs et les oisillons.

En France, son statut varie. En Belgique, malgré la protection, le Corbeau freux reste exposé aux persécutions.


Le Choucas des tours (Corvus monedula)

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Choucas des tours – Photo : Damien Hubaut

Le Choucas des tours se reconnaît à sa petite taille (32 cm) et aux plumes grisâtres de la nuque et des côtés du cou. On le rencontre pratiquement partout où il trouve des sites de nidification favorables au milieu des plaines cultivées. Comme les Corbeaux freux, avec lesquels ils s’associent volontiers, les Choucas témoignent d’un instinct grégaire développé et d’une grande sociabilité. Le régime alimentaire du Choucas est semblable à celui du Corbeau freux. C’est un oiseau cavernicole qui niche souvent en colonies. Les cavités dans les rochers, les vieux arbres, les carrières, les bâtiments abandonnés ainsi que les clochers, les cheminées et les terriers de lapin sont autant de sites de nidification.


La Pie bavarde (Pica pica)

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Pie bavarde

La Pie bavarde est, de loin, le plus anthropophile de nos Corvidés. Dans les villages, elle s’enhardit jusqu’à fréquenter les pas de porte à la recherche de quelques restes de cuisine, sans pour autant devenir familière.

Observé de près, le plumage qui, à distance, paraît blanc et noir, révèle de superbes reflets verts et bleus sur les ailes et la queue. C’est au sol que la Pie trouve l’essentiel de sa nourriture. Les gros coléoptères aux reflets métalliques attirent sa convoitise et, d’une façon générale, tous les arthropodes lui payent un lourd tribut, jusqu’aux larves et vers blancs qu’elle extrait du sol, labouré de son bec robuste. Le reste de son régime est constitué de graines et de fruits. Elle ne dédaigne pas non plus les reliefs de nos repas et a parfois un comportement de charognard.

Le nid de la Pie est aussi célèbre que son constructeur. Le fait que les premiers travaux débutent souvent dès fin février, avant la poussée des feuilles, et qu’il se situe presque toujours à l’extrême sommet d’un grand arbre, rend sa présence peu discrète. C’est une coupe solide et volumineuse, surmontée d’un dôme de brindilles épineuses lâches, qui abrite 6 à 8 œufs pondus en avril.

L’hiver, cet oiseau sédentaire forme des bandes, parfois importantes, pour la recherche de la nourriture ou la formation de dortoirs.

La protection qui lui est accordée a vu sa population s’accroître sensiblement. Elle se rend parfois impopulaire en massacrant, pour nourrir ses petits, des nichées de passereaux, surtout Grives et Merles. Ces derniers méfaits ne doivent pas être exagérés, car ils s’exercent au détriment d’espèces prolifiques dont on se plaindrait probablement des dégâts dans les cultures fruitières s’ils n’étaient pas soumis à cette prédation.


Le Geai des chênes (Garrulus glandarius)

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Geai des chênes

Quel naturaliste, tentant d’être le plus discret possible, n’a pas vu ses efforts ruinés par un cri éraillé, déchirant l’atmosphère paisible du sous-bois ?

Le Geai passe, à juste titre, pour être un signal d’alarme efficace indiquant à tout animal craintif le passage d’un intrus : renard, rapace, homme, etc. Mais cet oiseau discret et farouche, aux possibilités vocales étonnantes, nous cache un plumage d’une élégance insoupçonnée. Le manteau brun chocolat contraste avec les ailes blanches et noires, ornées d’une bande bleu-azur finement rayée de noir. Ses couvertures alaires figurent parmi les plus belles plumes de l’avifaune européenne.

Ses mœurs et son régime le lient étroitement aux bois et aux forêts. La présence du chêne est d’une grande importance : les glands peuvent représenter 50 % de sa nourriture. Tous les autres fruits ou graines, ainsi que des insectes, complètent le régime.

Sa mauvaise réputation de destructeur des nichées de petits passereaux est, comme souvent, basée sur des observations sporadiques qui restent marginales et sans conséquence sur le devenir des espèces concernées. Protégé, le Geai des chênes n’est pas menacé.


La Corneille mantelée (Corvus corone cornix)

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Corneille mantelée

C’est un oiseau migrateur qui nous vient du nord et de l’est de l’Europe. Il est surtout visible en Basse et Moyenne Belgique à partir d’octobre. Sa taille et ses mœurs sont assez semblables à celles de la Corneille noire avec laquelle l’espèce peut s’hybrider. Les plumes blanc grisâtre du dos et des flancs la différencient des autres espèces.

La Corneille mantelée est protégée au niveau européen.


Chasse et Protection

Sur les différentes espèces de corvidés vivant sur notre territoire, deux peuvent poser des problèmes par rapport à la prédation opérée sur l’ensemble de la petite faune ailée. Il s’agit de la Pie bavarde et de la Corneille noire.

En France, des dérogations pour les chasser existent. En Belgique, ces deux espèces sont protégées, mais susceptibles, moyennant autorisation, d’être régulées, du moins en se référant aux actuels arrêtés de destruction.

Les chasseurs de la Région wallone demandent depuis longtemps leur réintroduction parmi les espèces « chassables », mais sans succès. Par contre, le Grand corbeau, le Corbeau freux, la Corneille mantelée, le Choucas des tours et le Geai des chênes sont totalement protégés.

Croyances et superstitions

Oiseau-mort-1Depuis de nombreux siècles, le Corbeau, englobant aussi les autres corvidés, est au cœur de toutes les superstitions et croyances. Surnommé « Oiseau de malheur » ou « Messager de la mort », cet animal est loin de laisser indifférent. Aussi, pourrait-on se demander pourquoi cet oiseau est connoté d’une manière si négative ? On dit aussi que son chant, décrit comme « étranglé » et très désagréable à l’oreille, aurait la particularité d’annoncer les tragédies à venir. Son cri « Croâ, Croâ… » signifie même « demain, demain… » en latin, révélant le fait qu’il connaisse l’avenir et qu’il a cette possibilité de décider de l’annoncer ou de le taire, car c’est l’un des seuls oiseaux qui a le privilège de comprendre la signification de ses propres augures. Ainsi, on a souvent reproché au Corbeau dans le Christianisme primitif de n’avoir pas averti Noé de la fin du déluge.

Le fait qu’il se nourrisse de charogne, de gibier de potence, et qu’il néglige volontairement ses petits, contribua aussi à lui donner une réputation d’oiseau de malheur qui annonce la maladie, la guerre et la mort.

Mais, selon les époques et les civilisations, la symbolique du Corbeau ne cesse de changer, faisant de lui un animal tantôt rusé et efficace, tantôt malfaisant et dangereux. Par exemple, d’une façon plus positive, ce furent deux Corbeaux qui indiquèrent à Alexandre le Grand le chemin du sanctuaire d’Amon, car avant tout, le Corbeau a ce rôle de messager.

Dans la mythologie nord-germanique, deux Corbeaux appelés Hugi (la pensée) et Munin (le souvenir) étaient les compagnons d’Odin qu’ils informaient de tous les événements qui se produisaient sur Terre.

Un Corbeau rouge fut le symbole des empereurs chinois jusqu’à la dynastie Chou (256 av J-C) dont les membres se considéraient eux-mêmes comme les égaux du soleil. La déesse des fées, Hsi-Wang-Mu, avait des Corbeaux pour messagers qui lui apportaient également sa nourriture, tandis que de nombreux Indiens d’Amérique du nord identifiaient le Corbeau à une figure de l’Etre-Suprême.

En Angleterre, on dit que lorsque les Corbeaux disparaîtront de la « Tour de Londres » viendra la fin de l’actuelle dynastie royale. C’est pourquoi les gardiens de la tour nourrissent si généreusement les oiseaux. De plus, ils veillent soigneusement à ce que tout Corbeau mort soit remplacé. Les Anglais croient aussi que le roi Arthur survole de temps en temps son ancien royaume sous la forme d’un Corbeau. Aussi, faut-il veiller à ne pas tuer l’un de ces oiseaux, que ce soit par inadvertance ou malveillance.

En Inde, le Mahâbhârata assimile les Corbeaux à des messagers de la mort, alors qu’en Russie les Corneilles qui volent la nuit sont assimilées à des sorcières ; tandis qu’en Afrique noire le Corbeau sert à prévenir les hommes des dangers qui les menacent. Il est donc leur guide et symbolise un esprit protecteur.

Dans les légendes ukrainiennes, rapportées par Saint Golowin, on disait que les Corbeaux étaient pourvus, au paradis, de plumes multicolores, mais qu’après la chute d’Adam et Ève, ils commencèrent à se nourrir de charogne et, ainsi, leur plumage devint noir. Ce n’est qu’à la fin des temps, dans un paradis nouveau, qu’ils pourront retrouver leur beauté perdue et que leur croassement se transformera en un chant harmonieux conçu pour célébrer Dieu.

Le Corbeau, tout comme d’autres animaux, dont le Loup, n’a acquis une symbolique négative que récemment et quasi uniquement en Europe. Vu en rêve, il est censé être un oiseau de mauvais augure, et les romantiques voient en lui l’oiseau noir qui vole au-dessus des champs de bataille pour se nourrir de cadavres.

Outre son aspect superstitieux et légendaire, le 20ème siècle en a également fait un terrible dénonciateur anonyme qui, au moyen de lettres scandaleuses et compromettantes, sème la terreur dans de nombreux villages. Mais d’où vient cette expression ? Comment s’est-elle colportée ? En fait, cette expression s’est diffusée suite au film « Le Corbeau » de Henri-Georges Clouzot en 1943. Il raconte l’histoire de notables de Saint-Robin qui reçoivent des lettres anonymes calomnieuses signées « Le Corbeau ». Les choses se compliquent lorsque l’un des patients du docteur Germain se suicide à la suite d’une lettre qui lui aurait révélé qu’il ne survivrait pas à la maladie. Le film fut interdit à la Libération, car à travers la lettre anonyme, on ne pouvait s’empêcher de penser à la délation des années 40. Et le Corbeau porte ce poids-là, aussi !

Il existe un corpus impressionnant de dictons, proverbes, contes et légendes, poésies populaires ou d’auteurs, parlant du Corbeau. Passant par la fameuse fable du « Corbeau et du Renard » à la malédiction des « Sept Corbeaux » des Frères Grimm, tout en étant l’hôte privilégié des ruines et châteaux hantés dans l’univers de la bande dessinée, cet animal n’a jamais cessé de nous surprendre.

Oiseau-mort-2Ainsi, de toutes ces illustrations faites du Corbeau, que ce soit dans les légendes moyenâgeuses de nos campagnes ou dans les films d’épouvante, celui-ci ne laisse jamais indifférent, car il est à la fois : sage et stratège, goulu et imprévisible, devin et menteur, réveillé et étonné, entreprenant et lâche, guide et passeur, amical et vengeur… autant de contradictions où l’homme peut finalement se reconnaître.

Ces oiseaux, malheureusement, sont encore trop souvent persécutés, par ignorance parfois, par bêtise aussi, et plus souvent par cruauté. Dommage, mais il faut bien admettre que bien des humains ont une intelligence bien au-dessous de celle de ces oiseaux dont on se venge, sans doute, par jalousie.


Merci à La Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux de nous avoir fourni cet article et autorisé sa publication.

 

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